40 secondes

40 secondes
J’ai beau être un fils du vent, une pensée pure enrobée de délicieux chocolat fondant, je n’en suis pas moins homme.
Moi, vous me connaissez, j’ai mis la barre très haut en matière d’éthique. Je vous propose chaque jour une réflexion d’une tenue morale irréprochable, droit dans mes charentaises, (mais non, je ne vais pas encore parler de Ségolène !), aucune concession, pas d’arrangement possible.
En un mot : un exemple!
Je sais bien ce que vous pensez : il est trop beau pour être vrai, il ne doit pas exister, ou alors, ils sont plusieurs…
(Hum… On dirait que ça va bien ce matin… J’ai une pêche du tonnerre moi !)
Vous devriez essayer, vous les cloportes insignifiants d’avoir un peu le moral, non d’un p’tit bonhomme!
Qui c’est qui m’a fichu cette France blafarde et recroquevillée prête à filer comme un seul homme se glisser dans l’ombre du premier Sarkouillo venu, se faisant un rempart dérisoire de ses frêles épaules?
Vous croyez vraiment marcher vers un avenir radieux en vous laissant aller à vos plus bas instincts?
Allons, relevez la tête, mes frères et vous aussi mes soeurs, vous avez de si jolis mentons, (un jour je vous parlerai de ma passion pour les mentons féminins, si vous êtes sages !).
On peut changer le monde, on doit changer le monde et nous allons le faire !
On peut le faire?
OUI ON PEUT !…( Bob le Bricoleur) Pour une fois, je fais une citation niveau cour de maternelle, du coup elle va passer au-dessus des écureuils qui ne partagent pas leurs noisettes avec les enfants!
Hein, quoi?
Comment qu’on va faire pour changer le monde?
Ah ah ! Vous êtes impatients comme un jour de solde, (j’allais, bien entendu, utiliser le délicieux cliché de la jeune mariée, mais il a dépassé la date de péremption !)
Pour changer le monde, on va commencer par en changer les rédacteurs en chefs. Dans un premier temps, on va s’occuper de l’édition Française en virant la marionnette des guignols qui gouverne depuis 12 ans.
Comme on ne peut pas faire l’économie d’une campagne électorale : vous allez voter.
Dans le secret de l’isoloir, vous allez repenser à toutes ces choses que vous avez en travers de la gorge, toutes ces couleuvres que vous avez avalées et surtout au film du dimanche soir qui ne sera même plus là, ultime trahison, quand vous rentrerez à la maison, le devoir accompli.
Soudain en proie à un bref instant de lucidité, votre généreuse et révolutionnaire nature Française se réveillera telle une plantureuse naïade émergeant de l’onde…
C’est là qu’intervient votre bulletin NON.
Oui, celui du référendum.
Ne me dites pas que vous avez oublié qu’on est une bande de demeurés inconscients qui ne comprennent rien à la politique?
Avec les joujoux technologiques que vous payez à crédit pour avoir l’illusion de croire que vous êtes dans le coup, alors qu’à peine sorti du magasin votre machine à bugs est déjà obsolète, c’est un jeu d’enfant d’imprimer des petits bulletins NON en veux-tu en voilà!
Bon.
Ça c’est la stratégie pour le premier tour.
Pour le second tour, nul doute qu’on trouvera bien deux abrutis pour jouer la finale, car bien qu’ayant une influence croissante sur le peuple Français, on verra encore dans les deux camps de pauvres inconscients que la puissante lumière de ma pensée n’éclaire pas encore. Ce sont les limites du système démocratique, il faut faire avec.
Trouvant enfin une fonction réellement utile à votre imprimante dont le budget « consommables » ferait passer le déficit du Gabon pour une aimable plaisanterie, il ne vous reste plus alors, qu’à confectionner un bulletin CAPT’AIN @ que vous déposerez dans l’urne avec le sentiment salutaire d’avoir enfin une fois dans votre vie « voté utile ».
Pour ce qui est du changement, il y aura du changement, faites-moi confiance.
Mais, je m’égare, n’est-il pas un peu tôt pour le premier président virtuel ?
Cette France racornie, flageolante, humant ses humeurs jusqu’à la nausée est-elle seulement capable d’un sursaut salvateur ?
Wou-noz, comme disent ces foutus rosbifs !
Vous pensez bien que je n’ai pas oublié l’émouvante allusion à mes faiblesses humaines, parmi lesquelles figurent en bonne place la vanité, l’orgueil et l’irresponsabilité.
Hum…Bon, c’est vrai, j’avais oublié, emporté par mon amour irraisonné pour la France, la vraie, celle qui combat. La France de Jean Moulin, de Général De Gaulle, de Michel Platini, (Séville 1982).
Moi, cet être intact, qui refuse obstinément toute compromission, (on ne m’a jamais rien proposé, mais j’aurais refusé, vous pensez bien !), Don Quichote au sang chaud ferraillant sans relâche contre les moulins à vente de la société de consolation.
Moi, immaculée conception, j’ai succombé à l’appel des sirènes, (une seule sirène, mais avec une jolie voix !).
Vous pourrez, entendre une interview du Capt’ain @ par la gentille journaliste Cathy Nivez, lundi matin à 6h45, sur Europe 1 entre deux tranches de bourrage de crâne publicitaire.
Ah ! Seigneur, pourquoi m’as-tu abandonné, juste parce que je ne crois pas en toi?
Tout ça pour 40 secondes d’antenne!
40 secondes, sur Europe 1…
Oh putain 40 secondes de pub sur Europe 1, ça doit coûter la peau des couilles!
Si tu ne vas pas à Lagardère, Lagardère ira tatoi!
Lagardère : le héros de mes 10 ans…La vache, il a fait du chemin le faux bossu ! Avec sa botte de Nevers, pas étonnant, tchac ! En plein front, ça ne rigole pas!
Aaaah… Je suis un misérable, tout ça pour étendre l’audience du « blog du Capt’ain @ », tout ça pour sauver la France, pour changer le monde!
Ça vaut peut-être le coup de se compromettre un peu.
40 secondes, des toutes petites secondes de rien du tout, si c’est pour une bonne cause?
Ouais, sauver la France et changer le monde, ça me paraît correcte comme bonne cause.
Même le général De Gaulle, il a utilisé les ondes, (à l’époque ça s’appelait Radio-Londres, mais c’est parce qu’on avait pas encore inventé l’Europe !), ça veut dire que quand ça va vraiment très mal, on peut invoquer l’intérêt supérieur de la nation.
Ben, je vais faire ça alors : J’invoque l’intérêt supérieur de la nation et puis c’est marre!
Merde, j’aurais dû profiter de mes 40 secondes pour lancer un appel…Ça aurait fait plus sérieux!
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